Le Salon du Bourget 2011 qui s'est terminé le 26 Juin n'a pas manqué de présenter encore une fois quelques projets de pointe dans le domaine aéronautique. Les nouvelles technologies et la sauvegarde de l'environnement étaient à l'honneur avec la présentation du Solar Impulse et de deux avions les plus petits au monde, les fameux Cri-Cri. Elec3i s'est rendu au salon du Bourget pour renouer avec ses anciens collaborateurs et clients, comme Aquitaine Electronique, véritable dynamique de la pépinière d'entreprises industrielles de la région paloise, Astrium, Dassault Aviation, Safran Turbomeca, Siemens SAS, Sogitec Industries, Thalès, EADS et enfin Airbus, groupe au combien prestigieux de l'aéronautique française. Pascal Geyre, riche de son expérience industrielle de plus de 25 ans, a participé et encadré de nombreux projets aéronautiques parmi lesquels, on peut citer les projets High-tech suivants: Robot 3 axes pour contrôle automatisé cockpit mirage 2000 (Dassault), Banc de commande et contrôle instruments SPOT5 (Astrium), Presse semi-auto surmoulage capteurs / supervision (Siemens SAS), Machine semi-automatique de collage de verre protection LCD (Thalès), Chariot automatique de transport mâts réacteur (Airbus). Comme beaucoup de projets, le Solar Impulse est le fruit d'une équipe même si bien souvent c'est son leader qui bénéficie de tous les honneurs. Cet avion est une pure merveille de technologie mais elle me fait penser au début de l'aviation avec ses curieuses machines volantes, qui étaient conçues par des passionnés et qui par force d'obstination firent progresser la culture avionique.

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Le solar Impulse est un quadrimoteur électrique, n'ayant pour seule énergie que l'énergie solaire captée par ses panneaux solaires disposés sur ses ailes immenses et stockée dans dans des batteries pour pouvoir servir de réservoir d'énergie en cas de ciel voilé ou pour les vols de nuit. Néanmoins, outre ses performances écologiques et sa capacité à voler de nuit, on est encore loin des vols commerciaux (un pilote et pas de passagers actuellement), tant les contraintes technologiques sont importantes. Parmi celles actuelles, la vitesse de croisière (en moyenne de 70km/h), son envergure qui limitent sa possibilité de virage serré et oblige une extrême vigilance du pilote, sa masse et la masse de batteries embarquée (400kg, soit plus d'un quart de la masse de l'avion), le rendement énergétique qui impose une grande voilure pour l'accueil des panneaux solaires. Imaginez un avion de presque 64m d'envergure avec une masse de 1600kg seulement, autant que ma Citroën C4 avec 4 passagers! Autant dire de l'extra-léger et cela n'a été rendu possible que grâce à une architecture en matériaux composites avec des structures en nid d'abeilles, mais aussi grâce à une structure de contrôle commande allégée et forcément réduite (pas d'automate de pilotage automatique entre autres). La masse de batteries, leur rendement et l'efficacité des cellules solaires sont parmi les points importants à améliorer sur ce type d'avion, comme tout système de véhicule autonome électrique d'ailleurs. Et le Cri-Cri, l'avion habité le plus petit du monde n'échappe pas à la règle. Deux Cri-Cri ont été exposés durant le salon: Le fameux bimoteur MC15E Cri-Cri « E-Cristalline », super médiatisé, record de vitesse de sa catégorie à plus de 280km/h, et l'autre qui a ma préférence, le quadrimoteur électrique développé conjointement par EADS Innovation Works (IW), Aero Composites Saintonge et l'association Green Cri-Cri. Cet avion miniature est un démonstrateur technologique, qui permettra des tests à moindre coût sur des moteurs écologiques à biocarburant mais aussi sur des systèmes 100% électrique. Par rapport au Solar Impulse, le Cri-Cri avec ses 4,90 mètres d'envergure ressemble à un nain de moins de 80kg seulement. Il permet quand-même d'embarquer un pilote de masse identique à l'avion et de dépasser les 110km/h en croisière avec des pointes de 250km/h et une maniabilité qui détrône de loin le Solar Impulse. Néanmoins la comparaison est erronée car ces deux avions n'ont pas le même but même s'ils défendent à outrance les valeurs environnementales sur des critères écologiques très marqués.

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Une fois de plus, la technologie utilisée est bien connue des industriels qui ont su la doser pour arriver à un modèle d'avion, petit, maniable et rapide, permettant d'effectuer en vol des acrobaties de premier ordre, le tout avec un niveau sonore de loin inférieur à ses homologues à moteur thermique. 4 moteurs brushless à hélices contra-rotatives qui peuvent tourner chacun à 4000 tours/min tirent leur énergie d'un pack de 20kg de batteries au Lithium. Là aussi le nerf de la guerre est la masse de batteries embarquées, leur rendement et autonomie. N'ayant pas d'autre source d'énergie, l'autonomie est limitée au mieux à 30 minutes, beaucoup moins (15 minutes estimées) dans le cas d'acrobaties aériennes. Tous ces problèmes de masse de batteries embarquées et d'autonomie me rappelèrent les contraintes que je dus affronter lors de la conception du chariot automatique de transport mât réacteurs pour Airbus en 2004. À cette époque notre chariot de 4 tonnes à vide mesurait plus de 7 mètres de long (moins de 80cm de large et 90 cm de haut) et pouvait transporter une charge lourde de plus de 7 tonnes (mâts réacteurs A380). On embarqua 2 tonnes de batteries 48V / 900Ah au plomb pour une autonomie de plus de 14 heures pour 11 tonnes roulant à 2km/h. Le chariot était équipé de moteurs brushless SEW pour la motorisation de roulage et de direction, lui permettant d'atteindre une vitesse de roulage de 6,5km/h à vide. Je me souviens, lors des essais m'être embarqué sur le chariot et avoir évolué à pleine vitesse sur un circuit d'une centaine de mètres en direction d'un mur pour tester le freinage d'urgence et les sécurités qui régissaient l'arrêt (capteurs à transpondeurs, radars, pare-chocs sensibles, etc). Les deux automates esclave d'un calculateur embarqué, le tout supervisé par un automate de sécurité et des sécurités actives sur 360 degrés dénommaient de la haute technicité du projet. Sans compter les modes dégradés qui permettaient d'utiliser la machine en cas de panne électrique fortuite sur un organe important. Je n'ose pas imaginer si tant de sécurités ont été installées dans le Cri-Cri (redondance du contrôle- commande par exemple) et ce qui pourrait se produire si une panne électrique générale survenait... Comme tout véhicule à énergie électrique, le réservoir d'énergie, voire son alimentation en cours de fonctionnement (comme le Solar Impulse) est un élément majeur à prendre en compte. Dans un avenir proche, comme le démontre le Cri-Cri et la filière des structures composites, nul doute qu'on pourra voir le jour d'un véhicule aérien comparable à un hélicoptère mais sans pales, qui permettra à son utilisateur de faire du « sur-place » et se déplacer d'un point à un autre aussi bien à quelques centimètres qu'à plusieurs mètres du sol. On n'est techniquement pas si loin du rêve; il faut quelques passionnés et l'appui d'un grand groupe comme EADS pour le Cri-Cri, pour que ce véhicule aérien se livre à d'impressionnantes voltiges lors d'une future présentation publique au Bourget...